Tous les dimanches, invariablement, Ledia Seferi venait se recueillir, dès l’aube, sur une tombe du parc Berisha, en tenue de veuve, et y restait environ une heure. Chacun savait que Ledia n’avait jamais été mariée et que ce tombeau anonyme était vide ; mais nul n’avait osé l’empêcher, ni la déranger, dans son rendez-vous hebdomadaire, aussi singulier fût-il, même si l’opinion commune concourait à la donner pour folle.
Tous les samedis, après le dîner, une habitude nous réunissait à la longère de Gautier Comte, près des Essarts, avec l’ambition ― assez vaine, dois-je seulement l’admettre ― de diluer notre ennui dans l’absinthe et la joute oratoire. Ce jour-là, nous choisîmes notre matière de façon si spontanée, si cocassement convenue, qu’aussitôt il nous vint à l’esprit que c’était elle qui nous avait choisis !