« Hier encore, je priais parmi les Hommes, patriarches d’Alexandrie ou archontes de Byzance, célébrant avec eux, à l’ombre des hautes nefs où s’élèvent leurs chants, la majesté céleste de quelque idole à peine nommée, et avec eux j’ai courbé l’échine, servilement, la gorge remplie de psaumes et les yeux inondés de larmes dévotes.
Comme souvent pour les mots dont le paradigme étymologique peut être déployé dans sa plus grande largeur, le profil linguistique de « faute » nous enseigne l’essentiel de ce que la littérature et la philosophie exposeront avec force subtilité. Le radical indo-européen duquel le latin FALLO (je faillis) dérive est déjà associé à l’idée de détournement, de ruse, et c’est d’ailleurs aussi ce à quoi le grec ancien φηλόω fait référence. Le français a construit « faute » à partir du bas-latin *FALLITA, tandis que l’italien a préféré par supplétion colpa à l’archaïque falta, lesquels pourtant signifient la même chose. Notre « coulpe » en revanche, qui n’apparaît plus guère que dans le registre soutenu, est imprégnée de religiosité : au sens propre, quiconque « bat sa coulpe » exprime son repentir devant Dieu, conformément à l’étymon performatif CULPO (je réprouve, je condamne).
Chacun de nous doit se résoudre à disparaître. Même nos saints héros, dont les reliques pulvérulentes remplissent panthéons et pyramides, ont rendu leur dernier souffle. Les sublimations de l’être portées par le désir religieux n’ont, pour l’heure, offert aucune démonstration que l’esprit survit à la chair, ou qu’il s’incarne dans la peau d’un autre pour un temps imparti… Inversement, aucun athéisme n’est encore venu prouver que l’âme s’éteint, périssant avec le corps, et qu’il n’existe pas plus de vie après l’être qu’il n’en existe avant lui. Ce double constat d’irrésolution n’a jamais empêché quiconque d’accorder foi à telle ou telle option selon son gré ; le « pari pascalien » en est une illustration inquiète mais raisonnable.