La fugacité des formes et des couleurs, voilà ce qu’il nous restera lorsque le langage aura disparu. Quelque chose d’absolument vain, dépourvu de toute finalité, qui traversera nos cortex dénervés comme le ferait le vent dans la ramure d’un arbre.
À l’automne 1985, Wes Craven se remet à peine du succès de A Nightmare on Elm Street, quand CBS lui confie la réalisation de cinq épisodes de The Twilight Zone, le « revival » du célèbre concept de Rod Serling. Parmi ceux-ci, figure une pépite qui vaudra à son scénariste, Rockne S. O’Bannon, de signer sept autres scripts pour les deux premières saisons de la série.
L’absence de parole suppose-t-elle nécessairement une absence de communication ? La définition du silence n’obvie pas à cette méprise ordinaire que chacun commet lorsqu’il fait abstraction de toute inférence métalinguistique dans le processus du langage. Comme on ne peut exclure l’existence d’un silence absolu, non communiquant, on se saurait ignorer le vacarme assourdissant de certains silences, semés à dessein dans les inflexions de la parole parmi lesquelles ils signifient tout autant, sinon davantage. Car loin de nier le langage, loin de le priver de sa fonction naturelle, le silence est apodictiquement consubstantiel à ce dernier : sans silence(s), nulle parole. De même que l’espace typographique confère à l’écriture sa respiration, le blanc sonore projette le discours au-delà de la matière audible, il l’exalte en opposant au néant sa structure labile faite d’interstices et de césures.