De la mort des mots [2]

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Je rêvais de retrouver psithurisme et pétrichor dans le Grand dictionnaire de Napoléon Landais, connu pour sa passion des vocables précieux. Espoir déçu, puisque j’appris, après coup, que ces deux termes étaient plus récents que l’ouvrage cité. Psithurisma apparaît pour la première fois dans un recueil du poète britannique Leigh Hunt en 1847 mais passé au français bien plus tard, tandis que Petrichor est la création de deux scientifiques australiens, Isabel Joy Bear et Roderick Thomas, en 1964.

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Dans le regard d’Aurélia

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Le mystère de Nerval réside au fond des yeux d’Aurélia. C’est la clef, et cette vérité implicite, que nul ne saurait contredire, traverse uniment près d’un siècle et demi de littérature biographique consacrée à celui que Théophile Gautier, son ami, définira ainsi : « Comme les hirondelles quand on laisse une fenêtre ouverte, il entrait, faisait deux ou trois tours, trouvait tout bien et tout charmant, et s’envolait pour continuer son rêve dans la vie. » Un oiseau, à l’instar de ceux qui peuplent Aurélia, messagers d’une éternité rêvée où vivent les êtres disparus et jadis chéris. Que sait-on de Nerval ? À peu près tout ce qu’on a besoin de connaître : son ascendance, son enfance, sa vie très ordinaire d’écrivain, sa lente descente aux enfers… Rien n’échappera à l’enquêteur scrupuleux pour peu qu’il y consacre le temps nécessaire, et malgré cela il subsistera toujours, une fois les témoignages épuisés et les corrélations déduites, l’énigme opiniâtre d’un homme se rêvant un autre, puis devenant cet autre jusqu’au dédoublement, jusqu’à l’expropriation de soi par soi.

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Le testament de Zweig

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Parmi d’autres cas subalternes, la littérature du XXème siècle connaît deux exemples remarquables de mémoire eidétique : le Funes de Borges et le Joueur d’échecs de Zweig. Du premier, nous dirons qu’il s’agit d’une créature fabuleuse élaborée dans la pure tradition de l’imaginaire borgésien ; l’immense mémoire d’Irénée Funes serait comme un récipient sans fond, un mémorandum perpétuel où tout nouveau souvenir viendrait s’ajouter à la somme inaltérable des précédents. Une pareille faculté, exprimée dans cet infini si cher à l’Argentin, ne saurait se rencontrer même dans l’hypermnésie la plus déclarée.

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Dernière escale avant le Vide

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Une certaine presse n’avait pas attendu que la dépouille de Cioran refroidisse pour se souvenir du sympathisant de la Garde de Fer, du jeune extrémiste de la Transfiguration, (1) comme s’il convenait mieux de conspuer un mort encore chaud plutôt qu’un moribond… La même presse n’avait-elle pas acclamé la parution de chacun de ses livres, saluant le style hors pair, l’esprit élevé ? Notre « gai pessimiste » valait bien ce dernier paradoxe, pour l’honneur — ou le déshonneur.

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