La complication

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Sur le cadran de la montre qu’Erwan Todt avait achetée aux puces, on pouvait voir une petite loupe en lieu et place du chiffre six, qui grossissait un symbole ne ressemblant à aucun autre, une sorte de signe cabalistique appartenant à un système inconnu. Erwan avait extorqué cette modeste Aeterna des années soixante contre une dizaine de schillings à un bateleur de la Haute-Carniole qui venait régulièrement vendre quelques brimborions dans la foire du bourg. Le symbole changeait par intervalles irréguliers et de façon apparemment aléatoire, tantôt en journée, tantôt la nuit, si bien qu’Erwan finit par ne plus en faire cas et oublier cette bizarrerie, d’autant que la montre fonctionnait à merveille. 

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La poterne

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Jusqu’à l’aube de ses vingt-six ans, Odile C. mena la vie ordinaire d’une employée de bureau assez discrète, soucieuse de ne nuire à personne. Un soir, tandis qu’elle s’apprêtait à quitter son lieu de travail, un étourdissement la précipita au sol et elle perdit connaissance. Sa collègue, qui la découvrit inanimée, alerta aussitôt les secours, et on la conduisit d’urgence vers l’hôpital le plus proche, où un diagnostic de rupture d’anévrisme fut posé, ce que confirmera l’imagerie. L’épanchement de l’hémorragie permit de stabiliser son état, si bien qu’elle rouvrit les yeux après trente heures de coma et le premier regard qu’elle croisa fut celui du docteur F., chef du service de neurologie, qui s’empressa de lui destiner quelques paroles rassérénantes.

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S'y soustraire

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Je ne suis pas allé aux obsèques hier. J’ai horreur des enterrements, ils me font honte. Si c’était possible, je renoncerais au mien également. J’en connais qui ne rateraient une inhumation pour rien au monde, tant est grand le plaisir que la tristesse d’autrui leur procure. On les identifie d’emblée, ces pharisiens, par leur assiduité et leur vilaine attitude : d’ordinaire, ils ferment la marche et chuchotent entre eux, jusqu’à ce qu’un sourire leur échappe, trahissant la perfidie dont ils sont faits. Au temps béni des voïvodes, on ensevelissait les félons vivants après leur avoir soigneusement crevé les yeux… Certes, il n’y avait pas, en voïvodie, moins de félons qu’aujourd’hui, ni davantage sans doute, mais j’estime que le rite gagnerait à être rétabli pour redonner à certains le goût des bonnes manières.

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Les erratiques

• Rédigé par Marc Bonnant - -

En pays mandubien, il existe une variété de revenants dont les émanations diaphanes concurrencent le brouillard jusqu’à la plus parfaite indifférenciation. Dans de longues itinérances, ils traversent la campagne comme de la guipure en charpies, avec cet accablement torpide que l’on prête aux égrotants ; parfois, sans même s’en rendre compte, ils laissent traîner leurs mains filandreuses sur l’épaule du passant tardif, qu’un frisson saisit aussitôt.

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