Testa [2]

Rédigé par Marc Bonnant - -

Maintenant que l’asphodèle et le ciste assiègent les aires de battage, on jurerait qu’elles n’ont jamais existé. Poliorcétique de l’abandon, juste retour des choses. Il suffit qu’un lieu se libère de l’homme pour que la nature y exulte avec l’insolence d’un nouvel affranchi. Le galbe éventré des murailles, l’étiolement des chemins : lointains échos d’une manumission réussie.

Un garenne a surgi du breuil pour se faufiler entre les herbes hautes ; le milan survolant les anciennes emblavures peut encore le voir. Ce coteau qui fut une olivette est désormais ouvert à tous les vents ; comme celui-là, jadis complanté en vigne, à présent repris par les prunelliers et la lambrusque.

Le sol des friches ne porte plus le terreau d’antan, mais une arène dénutrie que les eaux de pluie ont lessivée. Seuls le chardon et la bardane y prospèreront, l’été venu. Des couleuvres à collier ont élu domicile dans la fange d’un bassin ; les rainettes, qui donnent de la voix depuis les joncs, s’en tiennent à l’écart, cauteleuses.

Observer, écouter. Éprouver l’abandon. Faire comme tant d’autres avant soi : boire à la fontaine, y cueillir un peu de pariétaire et de samole, humer les embruns soulevés par le zéphyr, mener les fantômes à bon port, s’asseoir sur le rocher et attendre la fin du jour. ◼
 
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