Sémasiologie naturelle
L’acte de langage le plus élémentaire, celui de nommer les choses, nous est si naturel qu’il semble procéder pareillement à tous ces mécanismes fonctionnels conditionnant notre état de survie et relevant du système nerveux autonome ; on nomme comme on respire, c’est-à-dire sans s’en rendre compte, sans le vouloir ni même comprendre pourquoi et comment cela survient.
S’interroge-t-on sur le battement de son cœur, sur le rythme de sa respiration, sur sa faculté à déglutir ? Jamais, tant qu’ils se tiennent tranquilles. Parce que nous faisons confiance à notre métabolisme, nous les oublions, mais il suffit que l’un d’eux dysfonctionne pour qu’aussitôt l’on prenne conscience que ce miracle ne va pas de soi.
Idem pour le langage. L’aptitude à articuler les sons, à manipuler les signes et les concepts, à s’en souvenir pour les reproduire : tout cela ne va pas de soi. Ce sont autant de contraintes tacites auxquelles notre aire de Broca s’est conformée, au fil des âges, selon une distribution encore mal connue entre l’inné et l’acquis.
Chaque sujet de ce modeste album de saison traitant de fructification et de déhiscence possède sa désignation, déclinée selon le sens commun, l’acception vernaculaire, la dénomination savante ou l’idiome d’usage. De l’idée au mot et du mot à l’idée, la relation linguistique est avant tout une affaire de compromis, car le baptême d’une chose ne résulte jamais d’un acte solitaire. ◼