Nostalgie
L’avenir m’indiffère, le présent plus encore. Je n’ai de goût que pour le beau jadis.
Mes paysages sont peints d’aubes blêmes ou de ciels erratiques, mes vieilles lettres portent l’encre livide des mots d’adieu. Lorsque le vent se dolente au creux de la nuit, c’est la voix des défunts que j’appelle à entendre, et quand la clarté sélène se répand dans le bois, c’est leurs silhouettes que je donne à voir.
En mon ermitage, les cloches sonnent toujours le glas. Toutes les pierres y sont tombales, et pénitence est le maître mot. Je fais mon commerce du bonheur triste qui fleurit sur le terreau des joies d’antan : il n’est pas un instant délectable dont je ne sache exprimer la mélancolie dès qu’un souvenir s’y invite.
Je connais tous les lieux où tu fus heureux. J’en possède les clefs. Je peux, à ma guise, en ouvrir et refermer les portes, te laisser sur le seuil, t’interdire le passage, faire danser sous tes yeux des images et des scènes térébrantes comme des songes.
Je suis la mélopée de tes heures sépia, et mon nom est Nostalgie. ◼