Jeux de mots
À l’automne 1985, Wes Craven se remet à peine du succès de A Nightmare on Elm Street, quand CBS lui confie la réalisation de cinq épisodes de The Twilight Zone, le « revival » du célèbre concept de Rod Serling. Parmi ceux-ci, figure une pépite qui vaudra à son scénariste, Rockne S. O’Bannon, de signer sept autres scripts pour les deux premières saisons de la série.
L’intrigue de Wordplay s’articule autour d’un homme ordinaire, Bill Lowery, dont l’univers linguistique va peu à peu se disloquer. Au fil des conversations, les collègues de Lowery remplacent certains mots par d’autres, le plus souvent des paronymes, et d’emblée, notre héros croit à une plaisanterie ; mais lorsque ces substitutions sont reprises à l’identique par ses proches, les choses se compliquent…
Progressivement, ce sont ses propres mots que les autres ne parviennent plus à comprendre, si bien que Lowery finit par se convaincre que sa survie sociale dépend de son adaptation à ce nouveau langage, aussi saugrenu soit-il. C’est, en quelque sorte, la chronique d’une abdication, et la scène finale, montrant un homme seul confronté au désapprentissage de la langue, donne toute la mesure du défi relevé.
L’originalité du scénario réside en l’inversion des rapports entre normalité et aberration, haussant la glossolalie au niveau du bon usage, flattant les mécanismes sournois de l’assimilation. Quiconque a éprouvé de l’accablement face au galimatias d’un formulaire administratif ou aux absurdités du langage dit « inclusif » n’a rien vécu d’autre, en définitive, que le cauchemar éveillé de ce pauvre Lowery.
Si Wordplay instille le malaise aujourd’hui plus que jamais, c’est parce que l’on sait, depuis Horace au moins, que l’usage (« cet arbitre absolu, ce maître, ce régulateur du langage ») est toujours vainqueur, fût-il promu par des fous. ◼
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