Jusqu’à l’aube de ses vingt-six ans, Odile C. mena la vie ordinaire d’une employée de bureau assez discrète, soucieuse de ne nuire à personne. Un soir, tandis qu’elle s’apprêtait à quitter son lieu de travail, un étourdissement la précipita au sol et elle perdit connaissance. Sa collègue, qui la découvrit inanimée, alerta aussitôt les secours, et on la conduisit d’urgence vers l’hôpital le plus proche, où un diagnostic de rupture d’anévrisme fut posé, ce que confirmera l’imagerie. L’épanchement de l’hémorragie permit de stabiliser son état, si bien qu’elle rouvrit les yeux après trente heures de coma et le premier regard qu’elle croisa fut celui du docteur F., chef du service de neurologie, qui s’empressa de lui destiner quelques paroles rassérénantes.
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Je ne suis pas allé aux obsèques hier. J’ai horreur des enterrements, ils me font honte. Si c’était possible, je renoncerais au mien également. J’en connais qui ne rateraient une inhumation pour rien au monde, tant est grand le plaisir que la tristesse d’autrui leur procure. On les identifie d’emblée, ces pharisiens, par leur assiduité et leur vilaine attitude : d’ordinaire, ils ferment la marche et chuchotent entre eux, jusqu’à ce qu’un sourire leur échappe, trahissant la perfidie dont ils sont faits. Au temps béni des voïvodes, on ensevelissait les félons vivants après leur avoir soigneusement crevé les yeux… Certes, il n’y avait pas, en voïvodie, moins de félons qu’aujourd’hui, ni davantage sans doute, mais j’estime que le rite gagnerait à être rétabli pour redonner à certains le goût des bonnes manières.
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La fugacité des formes et des couleurs, voilà ce qu’il nous restera lorsque le langage aura disparu. Quelque chose d’absolument vain, dépourvu de toute finalité, qui traversera nos cortex dénervés comme le ferait le vent dans la ramure d’un arbre.
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